vendredi 20 février 2015

D'autres territoires

Anagrammes

le titre d'un écrit précédant : « Le voyage impromptu »


1- La voie orage rompait le temp(s) et l'âge
aigre,
mai(s), le vol pur,
l'ange a gagé l'aile
imprévue. 
2- Imprévue,
l'aile a gagé le vol
pur de l'ange.
Le temps, l'âcreté de l'âge
rompaient la voie d'orage.
Gabriele Benitah, février 2015



Abécédaire

Alchimie. Béatitude.
Cœur délité, effréné.
Floraison gangrenée,
horrifiante image jouant Karma.
Limpide.
Marie, nouée, onirique,
pleure.
Quelque rêverie salvatrice...
Toute une vie...
Wanadoo ?
Xylophone
yole

zeppelin.

Gabriele Benitah, février 2015


Rester libre

L’angoisse, rien que d’y penser, gagner cinq étages par le biais de cet ascenseur, seul, m’imaginer prisonnier de cette cage métallique sans fenêtre, bloqué pour une raison qui m’échapperait entre deux étages, hurlant et tambourinant de toutes mes forces d’enfant de cinq ans, quand déjà, la main plongée dans celle de ma mère, blotti tout contre elle,  essayant de me rassurer, de trouver la force nécessaire d’y être entré, je m’y sentais quand même oppressé dès la fermeture des deux battants, enfermé alors dans ce sinistre cube d’acier n’autorisant pas plus de six personnes adultes, sans en préciser clairement le poids, essayant souvent d’estimer si la masse des utilisateurs  qui partageaient mes ascensions n’allait pas nous être fatal, craignant à chaque instant voir surgir une personne en plus que légère surcharge pondérale qui non seulement m’enverrait m’écraser le nez contre la moquette des parois imprégnée de l’odeur désagréable du tabac des usagers fumeurs, mais qui à lui seul risquerait de me condamner à finir coincé dans ce bocal hermétiquement clos dont les lumières blafardes ajoutaient une dernière touche lugubre au lieu, m’imaginer devoir l’emprunter seul m’était impossible, c’est pourquoi je lui préférais les escaliers, pourquoi je préférais gravir ou descendre cinq étages, seul, du haut de mes cinq ans sans jamais craindre d’y rester à jamais emprisonné, libre de monter, descendre, m’arrêter, sauter les marches par deux, par quatre, ne dépendre que de moi, que de moi.
Jean Luc Sauton

Mon territoire

      Tu serais assise là, sur le sable fin et chaud, les grains collés à ta peau si blanche, fragilisée par les mois passés sur ton lit blanc.
      Pas toujours agréable, ce sable qui s'insinue partout ; mais assise là, protégée derrière tes lunettes noires, sous la moite chaleur tropicale, tu serais libre à nouveau.
      Humer les senteurs iodées de l'écume, entendre le bruit des moteurs entre le flux et le reflux incessant, vital, et regarder les enfants creuser, creuser encore, avec leurs pelles, jusqu'à faire de la plage un enchevêtrement de rivières marines...
      Odeur du sel ! Sable et sel, ça tire la peau.
      Mais ça sent le renouveau, la vie qui allait vibrer bientôt !
      Et voilà que tes pensées arpenteraient les lointains rivages du temps :
      Celui où tu nageais dans les eaux froides et profondes, et si claires que tu appréhendais toujours le passage des rochers aux oursins !
      Hop, tu nageais sur le dos, si ardemment ; pour ne pas voir, ne pas sentir les épines et ne pas trembler.
      L'air serait si pur, en cette fin d'après-midi, qu'aucune poussière ne viendrait te chatouiller le bout du nez, le coin de l'oeil.
      Ce coin  où tes pensées te conduisent, pourras-tu à nouveau le fouler ?


                                                                 SEL
                                                          SABLE FIN
                                            MOITE CHALEUR TROPICALE
                                          SENTEURS IODEES DE L'ECUME
                             ENCHEVÊTREMENTS DE RIVIERES MARINES
                          PENSEES  ARPENTANT LES RIVAGES TEMPORELS
                                     DANS LES PROFONDES EAUX FROIDES
                                               TU NAGES SI ARDEMMENT
                                                     EN CET APRES-MIDI
                                                            LIBRE ENFIN

                                                                SEREINE.                       

Atelier adulte Valréas, Martine T.

Chaud
Le soleil
L'air sec
Le vent du sud
La nuit et les étoiles
Le renard et le petit garçon
Peu de vent car peu de végétation
Je ne sais plus de quelle direction j'arrive
Même spectacle sans les couleurs mais avec les étoiles
Âme     Bruit      Couleur     Désert
Étoiles     Froid
Grain
  Hautes     Immenses    J'arrive    Kaolin
Lune
    Monticules
    Nuit   Oasis   Photo   Quête
    Renard     Serpent
    Toujours     Utopie
     Vent    
Martine F.   



De vrac et de broc

Un inventaire, de quoi et avec quoi puis-je faire un inventaire ?
Impossible, impensable, irréel, ancien, passé , vieux, souvenirs, mémoire, devoir,  notes, classes, écoles, punitions, récompenses, examen, diplôme, réussite, joie, satisfaction, fierté, travail, contraintes, difficultés, collègues, tensions, entente, complicité, harmonie, salaires, vacances, plaisir, été soleil, plage , mer, bains, bien-être, douleurs, thalasso, sport, compétitions, souffrir, encore, récompenses, prix, médailles, produits, amphétamines, érythropoïétine, abus, maladie, grave, cancer, médecin, hôpital, soins, chimio, traitements, pénibles, souffrance, douleurs, encore, noirceur, convalescence……… Rires, rencontres, plaisir, encore, enfin, amitiés, amour, bonheur, enfin, couple, enfants, joie, joie, bonheur, bonheur, pleurs, ah quand même, soucis, tiens pas encore apparu celui là, nuits, blanches, premiers pas, première dent, non le contraire je crois pour le développement dans les régles, premier vélo, première bûche, pleurs bien sûr, première voiture, ah premier accident, douleurs, plaies, examen, pas de récompenses, prise de sang, alcoolémie, pas cette fois-ci, soulagement, ah oui quand même, soleil, ciel bleu, sourires, bienveillance, la vie quoi !!!!!

Danielle Françon

mardi 17 février 2015

Poésie à l'école Marcel Pagnol

Les élèves de CM2 de l'école Marcel Pagnol de Valréas écrivent des courts textes poétiques... qui seront lus par des collégiens au printemps. Quelques extraits en avant-première :

L'eau de la rivière
Aussi douce que ma peau
Le vent réjouit le sable.
Enzo

Je vois la forêt verte,
Et le petit bateau dans le lac,
Oh la neige !
Saïda 

Les vagues du Rhône !
Les arbres de la rive !
Le monde : tout un paysage...
Lina                 
                                                                                                                                  
> sur la résidence à Valréas
> d'autres écrits des écoliers

mercredi 14 janvier 2015

Liberté, liberté chérie...


En liberté

La nuit. Sous les étoiles. Hiver. Janvier. Froid. Sur une falaise. Dessous, la mer. Dormir là, Dehors. Un seul sac de couchage. Sarcophage. Petit campeur. Paris. Il faut y entrer tous les deux, dans ce sac. 1m 80, baraqué. 1m 60, plutôt fluette. Qui commence ? Ta moustache devient blanche. Je ris. On est fous ! Il gèle. Évidemment, on ne se déshabille pas. Regarde. Interrogation. Tu te lances ? Non. On rentre ensemble. Comment ? Debout, serrés l'un contre l'autre. Le sac en tire-bouchon à nos pieds. L'ascension commence. Je te respire. C'est bon ! On grelotte. Le ciel brille et tremblote. Te regarde. Debout dans le sac. Ça marche. On est dedans. Bon, il faut s'allonger. On ne peut pas dormir debout. Je ne vois plus ton visage. Je suis sur ton cœur.
Je ne me souviens plus de l'instant entre debout et allongés. Ça a sûrement été violent. Rires. Seule au-dessus des vagues. Les étoiles sont-elles toujours là ? Toi, tu me serres fort... Je suis bien. Tu dors déjà. Je t'entends. Que faire d'autre ? On ne peut faire aucun mouvement...
Des ailes vont me pousser cette nuit, c'est sûr. Demain, je m'envole : mouette, ballon, cerf-volant, plume, graine, poussière, nuage...
Au matin, seule ta tête dépassait. Restait à faire le chemin inverse : s'extirper.
Retruver le chaud. Les autres. Ne rien raconter. Ils ne nous croiront pas.
Croyez-vous que j'ai rêvé ? En tout cas, j'ai volé, je jure que j'ai volé.
Claudine Kimmerlé
8 Janvier 2015


Tchin tchin ! À nos robes !

Elle a juste quatorze ans. Elle est mince, bronzée. C'est la rentrée, ou peut-être le mois de juin. Peu importe. Elle porte une jolie robe. Toute simple et néanmoins... originale. Comme un tee-shirt. Un débardeur plein de taches multicolores. Une palette de peintre. Avec une ceinture rouge. Peut-être verte. La robe est un peu courte. Mais pas trop quand même. À cause de la ceinture. Effet blousant...

C'est la récré. Elle discute avec ses copines. Rien de mal. Ah oui, et des ballerines en toile, aussi. Vertes. Peut-être rouges.

Les filles discutent. De quoi parlent-elles ? Nul ne le sait. Même pas moi. Une surveillante arrive. Comme une bombe. Celle qui a autorisé la cigarette au fond de la cour. La directrice l'ignore. Les profs aussi. Pacte secret pour acheter la paix sociale. Démagogie.

La surveillante fond sur le groupe de filles. Sans un mot. Elle tire sur la robe. Une main de chaque côté. Elle tire d'un coup sec. La robe descend jusqu'aux genoux. Sale regard. La surveillante repart. Sans un mot.
La fille ne comprend pas. La robe n'était pas courte. Pas comme vous pouvez l'imaginer. Dix centimètres au-dessus du genou. À peine. Quatorze ans. Pas d'histoires, pas de garçons. Enfin, pas encore. Pas de string, pas de vernis à ongles, pas de décolleté. Aucun vertige. Une robe multicolore, sans manches. Une ceinture verte. Des ballerines rouges.


Florence REY, Valréas

Angoisse.
Cinq étages.
Par cet ascenseur ?
Prisonnier de cette cage.
Affreux monstre métallique sans fenêtre.
Hurlant, tambourinant, bloqué entre deux étages.
Cherchant la main réconfortante de ma mère.
Le contact rassurant qui balaie toutes les peurs.
Seulement aujourd’hui tu n’es pas présente.
Malgré ces personnes qui l’empruntent.
Je n’y entrerai pas.
Je défierai ce monstre.
J’irai seul.
Les escaliers.

Liberté.
Jean Luc Sauton


Le jour dans une rue de New York

27 ans
Réussite au concours
Deux mois de préparation
7 heures de vol
Et l'avion se pose à New York
Abandonnée la maison
Abandonné Valréas
Abandonnée la famille
Je suis à New York
J'ai 10 ans, j'ai 20 ans, j'ai 1000 ans
Je suis à New York
Et je marche dans les rues
Moi, la petite fille de Valréas
Moi, je marche dans New York
Le monde est à mes pieds
Je suis un géant .
Enfant j'écoutais une chanson :
«  Grand maman c'est New York, je vois les bateaux remorques... »
Et je rêvais
Et j'y suis
Et je comprends que je suis faite pour cette ville
Qu'elle est faite pour moi
Je marche
Time Square
Broadway
Central Park
Les docks
La statue de la LIBERTE
Harlem
Tout dans le désordre
Les grands magasins
Les bouches de métro qui fument
La foule
Les gens qui marchent eux aussi
Mais moi je suis libre
Libre de marcher, de courir, de tout voir, de rêver
Et du coup je suis libre dans ma tête
Salut Max !
Les twins avec leurs boutiques et leurs bureaux
Mary au 18ème étage
Les ascenseurs qui montent haut
La vue sur New York de là haut
L’exaltation d'être aussi haut et de dominer la ville
La hauteur c'est la LIBERTE
Je domine le monde
Je suis libre de toute entrave
Puis c'est le 11 septembre
Plus de twins
La LIBERTE en prend un coup
Et la statue demande quelle est sa place.
Martine F.


Le voyage impromptu

Pas très friquée, la meuf. Chômage oblige. Mais l'appel. Viscéral. 900 km à parcourir. La Polo tient encore le coup. Pas réservé d'hôtel.
Marika n'aimait pas conduire. Baluchon vite fait. Appareil photo pas oublié. Un cahier vierge. Un stylo. Un autre au cas où...
« Avec un plein je fais la moitié du parcours. Je peux partir tout de suite. Tant pis. Je ferai les comptes au retour... »
Seule. La route, l'autoroute. La faim s'insinue, secondaire. Un seul but : avancer.
Halte au poste d'essence. Encore 400 km.
Ça vaut le coup, non ? Partir comme ça, sans prévenir personne. Elle n'a pas peur. Elle est grisée par sa passion. Ce besoin, cyclique, de retourner là-bas.
Le jour décline. Au détour d'un virage il est là. Ombre aiguë – ombre grise – Avec sa flèche dorée. Dressé dans les mauves du ciel. La mer est haute.
Marika a le cœur qui bat.
Très fort. Très vite.
Rien de nouveau : elle a envie de pleurer. Elle rit. Elle chante.
Allégresse.
Ivre d'avoir osé.

Abandonner la Polo sur la digue. Courir chercher - trouver une chambre pour la nuit. Pourquoi pas deux ? Il n'en reste qu'une à l'hôtel Duguesclin. Tu parles ! Marika ne discute pas. « Je prends ». spacieuse. Trop spacieuse. Trop luxueuse. « Je mangerai des patates à l'eau !... »
Le cœur qui bat.
Adieu fatigue ! Le Mont Saint-Michel ce soir. Nocturne en solitaire.
Une marche. Une autre. Volées de marches. Toiture au-dessus. Toitures au-dessous. Reflets bleus sur la mer noire. Personne. Seule au monde. Ivre d'air. Ivre d'espace. Ivre d'un bonheur... Lequel ?
Avoir pris son désir à bras le corps.
L'avoir étreint.
Être là.
Où elle avait voulu.
Première nuit d'errance titubante.
Le bonheur est dans les rues.

Affranchie des contraintes. Familiales et autres. Libérée des « après ? ». l'instant saisi. Magique. Renouvelé. Toujours le même.
L'heure avance. Il faudra dormir. Un peu.
Se lever avant le soleil.
6h du matin. Clarté à peine jusqu'à l'horizon. Marika n'est plus seule. Un homme levé sur un rocher. Un couple enlacé sur un autre. Elle. Regards conjoints sur l'infini.
Le temps coule. En douceur. Des vagues se profilent. Des rigoles s'emplissent. Le vent échevelle Marika. Elle a des larmes plein les yeux. De froid ?

Bientôt le clapotis
l'eau monte

Marika, les autres, reculent.

L'eau est montée. L'eau est haute.
Invitation ? Lever l'ancre peut-être...

Goût salé. Un lieu. Et puis ce mot.
Marika l'entend. Il martèle son cœur. Elle pleure. La joie tonitrue en elle.
Le mot bourrasque
le mot chuintant
le mot levé

Le mot  écrit
             décliné
 crié
Le mot qui fait
Toc  - Toc  - Toc
Li   -  Ber  - 

Gabrièle Bénitah
8 Janvier 2015


Mal a dit

Il est difficile de vivre.
Il est difficile de mourir.
Le diagnostic est posé : fin de vie.
La maladie n’est pas vaincue.
Et maintenant quel devenir pour vous ?
Pas de respiration naturelle.
Seul le tracé des battements du cœur.
Pas de conscience.
Pas de communication.
Le toucher/contact, la sensibilité.
Pas de réaction. Pas de mouvements. Pas de tressaillements.
Et la loi ?
Et la personne de confiance ? Existe-t-elle ?
A quoi sert-elle ? A qui ?
Et vous là dans ce lit, sous ses draps immaculés.
Où est-elle votre vie ?
Je sais moi qui vous étiez. On sait tous dans le service ce que vous souhaitiez.
Pas d’acharnement.
Réunion collégiale.
Explication à la famille.
Devenir expliqué à la mère, au père.
Lui malheureux, peiné, regard las, résigné.
Elle qui ne veut rien lâcher.
D’ailleurs, a-t-elle lâché quelque chose un jour.
Lui a-t-elle laissé un espace, de l’espace ?
Pour vous, travail, voyages, raids en 4X4 étaient votre vie.
Les filles, un peu, parfois mais pas d’attaches, pas de chaines.
Aujourd’hui, fils raccordés à une machine, tuyaux raccordés à un flacon, une pompe.
Un mois, deux mois, trois mois, six mois….
Et la loi ? Que dit-t-elle la loi ?
Et surtout qu’est ce qu’elle ne dit pas ?
Assez d’hypocrisie.
Militer, militer pour la liberté de mourir dans la dignité.

Danielle Françon
8 janvier 2015

mercredi 7 janvier 2015

Haïkus à Valréas

Comme chaque soir
De ma fenêtre :
Le soleil couchant
Sophie Delainé



Lumière au bout du jardin
Eclats de givre
C’est Nouvel An !
Thomas


Sous la chaleur provençale
La lavande trop mûre
Embaume
Marlène Cazorla

Dans les prés
Aux premiers jours du printemps
Eclôt la primevère
Alain Squividant
Haïkus écrits par des participants à l'atelier d'écriture "Coup de Pouce", Valréas, janvier 2015
sur la résidence à Valréas